e-art

David Rokeby, Vu
Vu (2002)
David Rokeby, Vu (2002)
Photo reproduite avec la permission de l'artiste

David Rokeby, Le donneur de noms
Le donneur de noms (1991-)
David Rokeby, Le donneur de noms (1991-)
Photo reproduite avec la permission de l'artiste

David Rokeby, n-cha(n)t
n-cha(n)t (2001)
David Rokeby, n-cha(n)t (2001)
Photo reproduite avec la permission de l'artiste

David Rokeby, Machine pour prendre le temps
Machine pour prendre le temps (boul. Saint-Laurent) (2006-2007)
David Rokeby, Machine pour prendre le temps (boul. Saint-Laurent) (2006-2007)
Photomontage reproduit avec la permission de l'artiste

David Rokeby, Machine pour prendre le temps
Machine pour prendre le temps (boul. Saint-Laurent) (2006-2007)
David Rokeby, Machine pour prendre le temps (boul. Saint-Laurent) (2006-2007)
Photomontage reproduit avec la permission de l'artiste

David Rokeby, Machine pour prendre le temps
Machine pour prendre le temps (boul. Saint-Laurent) (2006-2007)
David Rokeby, Machine pour prendre le temps (boul. Saint-Laurent) (2006-2007)
Photomontage reproduit avec la permission de l'artiste

David Rokeby, Machine pour prendre le temps
Machine pour prendre le temps (boul. Saint-Laurent) (2006-2007)
David Rokeby, Machine pour prendre le temps (boul. Saint-Laurent) (2006-2007)
L'une des deux caméras de surveillance montées sur le toit de la fondation Daniel Langlois (Ex-Centris)
Photo : Guy Moreau
David Rokeby
Né à Tillsonburg (Ontario) en 1960
Vit et travaille à Toronto (Ontario)

David Rokeby est l'une des figures importantes des arts médiatiques au Canada. Il expose en 2004 à la 26e Biennale de Sao Paolo (Brésil); il est récipiendaire en 2002 d'un Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques. Sa carrière de plus de 20 ans lui a permis de réaliser de nombreuses œuvres dans lesquelles se dessinent deux pistes : l'une explore la perception visuelle et le temps au travers de ce que filment des caméras de surveillance. Ici, Vu (2002) représente cette tendance. Cette œuvre réalisée dans le cadre du projet Next Memory City, Toronto: Venice, était aussi une collaboration entre Rokeby, la pianiste Eve Egoyan et l'architecte Michael Awad. Vu a été présentée pour la première fois à la 8e exposition internationale d'architecture de la Biennale de Venise. En quatre images séparées, Vu permet d'observer la Piazza San Marco de Venise. La première et la quatrième projection séparent ce qui est immobile de ce qui est en mouvement, ici les gens qui se déplacent et les pigeons de la piazza. Les deux projections du centre offrent une autre perspective sur les motifs et le flux des mouvements sur la place. La projection bleue prend les images de la première projection avec les objets en mouvement et lui applique un délai d'une demi-seconde; cela permet de créer la trace de leurs mouvements. Le troisième écran trace les trajectoires récentes des objets en déplacement. Ces traçages disparaissent avec le temps, comme la mémoire. Cette œuvre montre aussi le travail du temps dans l'image, dans sa formation et sa déformation et, en cela, elle fait écho à une autre de ses œuvres, Machine pour prendre le temps (boul. Saint-Laurent) (2006-2007) que l'on peut voir à Ex-Centris et qui fut commandée à l'artiste spécialement pour célébrer les dix ans de la fondation. Les images saisies par deux caméras de surveillance sur le toit d'Ex-Centris des environs de l'édifice de la fondation sont emmagasinées sur un disque d'ordinateur. Le logiciel de l'artiste les monte et recrée un mouvement de caméra unitaire et sans failles, mais en mixant les temps : nous passons en l'espace de quelques secondes du printemps à l'automne ou de l'été à la fin de l'hiver; les gens sur la rue et les autos apparaissent et disparaissent tout comme les feuilles dans les arbres, la lumière change, elle est mouvante. Comme son titre le laisse entendre, Machine pour prendre le temps est une machine non seulement à prendre son temps, mais une machine à rêveries; là, le présent n'est pas vécu dans sa perte graduelle. Le présent est ce moment de fusion des images du passé en une remémoration constructiviste : de la déconstruction du temps se rebâtit un présent, l'attente s'enrichit du songe.

L'autre piste qui occupe Rokeby mène au langage, celui des humains et celui des machines, et comment ils (se) représentent le monde; dans cette exposition Le donneur de noms (1991-) et n-cha(n)t (2001) représente ce courant. Ces travaux sont des équations par lesquelles le système informatique et ses périphériques produisent l'expérience d'une poétique unique : celle des systèmes logiques et formels de l'ordinateur en dialogue avec l'incertitude humaine et les capacités humaines pour l'ambiguïté du langage expressif, connotatif ou poétique.

Le donneur de noms expose les procédés complexes présidant à la saisie des objets du monde dans les systèmes linguistiques humains et informatiques. L'œuvre se compose d'une interface intelligente traduisant en mots sur un écran les caractéristiques d'objets physiques que le spectateur choisit et dispose devant une caméra. Un ordinateur analyse les données visuelles recueillies et établit des liens avec un réseau préexistant de paramètres sémantiques emmagasinés dans une base de données relationnelle. Enfin, sur un écran, s'affiche une phrase qui fait état du processus d'association. Si ces phrases peuvent avoir, au début, une relation avec les objets en question, rapidement le langage se détache de cette réalité observée. Cette œuvre repose sur des principes similaires à ceux de l'intelligence artificielle, mais l'une des limites de celle-ci tient du langage humain qui est plus connotatif que dénotatif, portant avec lui des valeurs et des sentiments difficilement modélisables pour un système informatique. Il manque à l'ordinateur la possibilité de l'expérience incarnée des humains : au-delà de toute logique, l'expérience d'un corps capable de ressentir des sentiments et des désirs et qui est grandement motivé par la recherche du plaisir. Comme l'écrit Rokeby sur la page Web concernant Le donneur de noms : « un ordinateur ne s'est jamais brûlé les mains, écorché les genoux; il n'a jamais eu faim, été en colère ni été en amour... ». (1) 

n-cha(n)t, réalisé dans le cadre d'une résidence au Banff Centre for the Arts en 2001 se méritait le Golden Nica Award for Interactive Art en 2002 à Ars Electronica (Linz, Autriche), est en partie basée sur les moyens informatiques mis en œuvres pour l'œuvre précédente. n-cha(n)t consiste en 7 ordinateurs en réseau, suspendus à hauteur d'homme avec un micro directionnel et un haut-parleur pour chacun. Chaque ordinateur a des capacités langagières reprises de l'œuvre précédente, une base lexicographique, des liens entre les mots et des règles de formation de phrase. Mais dans n-cha(n)t, les ordinateurs sont programmés pour la recherche de l'unisson, c'est-à-dire pour que chaque ordinateur s'accorde avec ses voisins afin de réciter les mêmes mots. Le spectateur est invité à dire quelques mots dans le micro quand il voit sur l'écran une main entourant l'oreille, comme si l'ordinateur tendait l'oreille. Lorsque quelqu'un murmure quelque chose à l'oreille de l'ordinateur, cela a pour effet de dissoudre l'unisson. Avec une certaine raison, on a voulu voir dans cette œuvre une sorte de métaphore politique portant sur les difficultés de la rencontre des individualités dans la communauté, la dialectique de l'étranger et de la communauté, le visiteur venant déranger l'unisson de la communauté. (2)

Cet artiste de l'intelligence humaine utilise ses machines afin de jeter un regard curieux sur nous, les humains, et de marquer les différences et les accointances qui existent avec les machines « intelligentes ».

J.G. © FDL 2007


(1) Traduction libre. Citation originale en anglais : « It has not burned its hand, scraped its knee, been hungry, angry, fallen in love... ». David Rokeby (site Web personnel) :
http://homepage.mac.com/davidrokeby/gon.html
(2) « n-cha(n)t » dans DEAF04 Dutch Electronic Art Festival: Affective Turbulence: The Art of Open Systems :
http://www.deaf04.nl/
Œuvres exposées

Vu (2002)

Ordinateur, 2 projecteurs, images numériques et logiciel créé par l'artiste
Dimensions variables
Collection de l'artiste

Le donneur de noms (1991-)

Caméra vidéo, ordinateur, logiciel créé par l'artiste, amplificateur et haut-parleurs, objets
Dimensions variables
Collection de l'artiste

n-cha(n)t (2001)

7 ordinateurs en réseau, 7 microphones antibruit, 7 paires de haut-parleurs, logiciel créé par l’artiste et logiciel de reconnaissance vocale du commerce
Collection de l’artiste

Biographie

David Rokeby a fait des études en art expérimental à l'Ontario College of Art (1979-1984) et conçoit des œuvres informatisées et des installations interactives depuis 1982. Il a participé à de nombreux événements parmi lesquels Ars Electronica (Linz, Autriche, 2002, 1997 et 1991), la Biennale de Florence (Italie, 1996), la Biennale d'architecture de Venise (Italie, 2002), celle de Kwangju (Corée, 1995), à l'exposition Algorithmische Revolution du Zentrum für Künst und Medientechnologie, Karlsruhe, (Allemagne, 2004). Cette même année, il représente le Canada à la 26e Biennale de São Paulo au Brésil. En 2004 toujours, il a mérité le World Technology Award for the Arts, San Francisco (Californie). Deux expositions rétrospectives lui ont été consacrées récemment, l'une à Oakville Galleries (Oakville, Ontario, 2004) et l'autre à la Foundation for Art and Creative Technology (FACT) à Liverpool (Royaume-Uni, 2007). Parmi les nombreux prix qu'on lui a décernés, mentionnons le Prix Petro-Canada pour les arts médiatiques du Conseil des Arts du Canada et le Ars Electronica Award of Distinction for Interactive Art en 1991 et en 2002. Il a été lauréat d'un Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques en 2002.

Liens :
Musée des beaux-arts de Montréal Fondation Daniel Langlois