e-art

Luc Courchesne, Portrait n° 1
Portrait n° 1 (1990)
Luc Courchesne, Portrait n° 1 (1990)
Collection du Musée des beaux-arts du Canada
Photo reproduite avec la permission de l'artiste

Luc Courchesne, Image panoscopique
Image panoscopique (2005)
Luc Courchesne, Image panoscopique (2007)
Photo reproduite avec la permission de l'artiste

Luc Courchesne, Horizons
Horizons (2007) (vidéo)
Luc Courchesne
Né à Saint-Léonard-d'Aston (Québec) en 1952
Vit et travaille à Montréal (Québec)

Nous présentons deux œuvres de cet artiste montréalais, qui est aussi professeur à l'École de design industriel de l'Université de Montréal. Très ancré dans la communauté montréalaise des arts médiatiques et co-fondateur et longtemps président du conseil d'administration de la Société des arts technologiques (SAT), Courchesne amorce sa pratique artistique avec ses premières bandes vidéographiques de la fin des années 1970 et du début des années 1980; durant cette dernière décennie, il étudie un temps au Massachusetts Institute of Technology (MIT) où il sera un collègue de Jim Campbell. C'est là qu'il réalise ses premières expériences avec des technologies interactives.

En 1990, il réalise une œuvre importante, Portrait n° 1; elle est capitale en ce que son interactivité est d'abord dialogique. L'artiste place ainsi son œuvre et la relation du spectateur/interacteur avec elle dans une structure dialogique. Portrait n° 1 est une œuvre de fiction et une rencontre déterminée avec un personnage. En tant que portrait, Portrait n° 1 est différent d'un portrait photographique. Ce dernier renvoie au « ça a été » de Barthes, (1) donc finalement à la mort, alors que le portrait interactif de Courchesne se vit dans le présent de la conversation, bien qu'il puisse évoquer le passé non pas comme ce qui est révolu ou mort, mais plutôt comme ce qui advient dansle présent de l'échange verbal. Le portrait interactif s'adresse donc à moi comme interlocuteur et ce n'est pas tant le personnage qui se révèle, que moi-même qui, en m'engageant dans une dynamique dialogique basée sur l'échange, me réalise par l'intersubjectivité. C'est mon propre positionnement subjectif qui se joue dans le langage, grâce aux interactions verbales et par l'entremise de l'échange dialogique.  (2) Courchesne a réalisé plusieurs autres portraits dont Portrait de famille (1993) et Le Salon des ombres (1996). Il s'est par la suite intéressé au paysage avec Paysage n° 1 (1997) qui lui fait délaisser le portrait pour des environnements plus immersifs. Son travail a, entre autres, porté au tournant des années 2000 sur la conception d'un système de projection immersive, le « panoscope »(3) L'œuvre qui en a résulté, soutenue par une bourse de la fondation, était The Visitors: Living by Numbers (2001). Cette recherche, portant autant sur les dispositifs d'un cinéma immersif que sur la réalisation d'un projet artistique avec ces mêmes moyens, l'amène peu à peu à s'intéresser à cette phénoménologie d'une vision, ici « panoscopique », qui s'incarne dans ses magnifiques séries photographiques réalisées dans les années récentes.

Pour l'occasion de notre exposition, nous avons demandé à Luc Courchesne de réaliser un court métrage en vidéo haute définition. C'est donc tout naturellement qu'il a décidé de poursuivre dans cette veine et de réaliser un court film utilisant cette vision périphérique déjà explorée par la photographie. Laissons-lui le soin de décrire son projet Horizons (2007) :

« Un mouvement de caméra très simple (travelling avant) inspiré du film Wavelength (1966-67) de Michael Snow entraîne les spectateurs au travers d'un espace jusqu'à un élément du décor qui redéfinit entièrement l'expérience. L'image produite est une anamorphose circulaire qui présente l'horizon dans son entièreté. Cette image est constamment réorientée en fonction des événements qui se produisent, comme si le spectateur pouvait tourner la tête sans perdre de vue l'ensemble de la scène et sans changer de cap.

Ce travail qui questionne l'art du cadrage, si important au cinéma, introduit également, en plaçant le spectateur au centre de l'espace représenté, une autre idée du montage et, conséquemment, une forme altérée de construction narrative. L'approche est, je l'espère, expérimentale dans l'esprit de Snow et de ses collègues. »

Il est curieux de constater que deux œuvres de notre exposition sont des hommages à Michael Snow et à son film célèbre Wavelength – l'autre étant de Jim Campbell. Snow est aussi un artiste avec lequel la fondation a travaillé pour la réalisation d'Anarchive 2 : Digital Snow (2002) (4) qui est aussi consultable sur l'une des stations informatiques dans l'espace d'exposition des œuvres de Courchesne. Le lien entre les travaux récents de Courchesne et le film de Snow n'est pas fortuit, ni chez Jim Campbell, car tous trois abordent une phénoménologie de la vision et de la reconnaissance des images et tous trois affirment la dimension temporelle à l'œuvre dans la perception et la conscience de la perception.

J.G. © FDL 2007


(1) Roland Barthes, La Chambre claire : Note sur la photographie, Paris, Éditions de l'Étoile; Éditions du Seuil, 1980.
(2) Voir Jean Gagnon, « Rencontre aveugle dans le cyberspace ou la figure parlante » dans La fondation Daniel Langlois pour l'art, la science et la technologie, 2000 (Texte initialement publié en 1995) :
http://www.fondation-langlois.org/html/f/page.php?NumPage=158
(3) Pour en savoir plus long sur le panoscope, consultez le site Web de l'artiste, section Journal panoscopique :
http://www.courchel.net/journal/

(4) Anarchive 2 : Digital Snow, Montréal, La fondation Daniel Langlois pour l'art, la science et la technologie, 2002. DVD-ROM.
Œuvres exposées

Portrait n° 1 (1990)

Ordinateur et logiciel, disque laser et lecteur de disque laser, moniteur vidéo, verre, structure en bois, 243.6 x 305.1 x 72.6 cm
Collection du Musée des beaux-arts du Canada

Horizons (2007)

Vidéo projeté en boucle, 9 minutes, couleur, sonore, dimensions variables
Gracieuseté de Pierre-François Ouellette art contemporain

Biographie

Luc Courchesne est actif dans les champs du design et de la vidéo. Il est actuellement vice-président de la Société des arts technologiques (SAT) à Montréal et professeur à l'École de design industriel de l'Université de Montréal.

Dans les années 1970, il obtient un baccalauréat en design de communication au Nova Scotia College of Art and Design et un Master of Science in Visual Studies au Massachusetts Institute of Technology (MIT) au début des années 1980. Ses œuvres ont été montrées lors de nombreuses expositions et projections, notamment au Musée des beaux-arts du Canada, au Museum of Modern Art de New York, au Musée d'art contemporain de Montréal ou lors d'événements comme l'ARCO 2007 à Madrid (Espagne) ou Lille 2004 (France) « capitale de la culture ». Il a bénéficié de plusieurs résidences d'artiste dont celle de l'Institut Méditerranéen de Recherche et de Création (I.M.E.R.E.C.) à Marseille (France), du Zentrum für Kunst und Medientechnologie à Karlsruhe (Allemagne), et du Museum of New Zealand. Il a remporté de nombreux prix parmi lesquels le Grand prix de la Biennale 1997 du InterCommunication Center (ICC) à Tokyo, le prix d'honneur dans la catégorie arts interactifs des Prix Ars Electronica en 2002 (Linz, Autriche).

Liens :
Musée des beaux-arts de Montréal Fondation Daniel Langlois