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La La La Human Steps

Exaucé / Salt

(Montréal, Québec, Canada)

La La La Human Steps, Exaucé/Salt, 1998
La La La Human Steps, Exaucé/Salt, 1998 La La La Human Steps, Exaucé/Salt, 1998 La La La Human Steps, Exaucé/Salt, 1998
Édouard Lock, fondateur et chorégraphe de La La La Human Steps, débute sa carrière en danse à l'âge de dix-neuf ans. De 1975 à 1979, il chorégraphie plusieurs pièces pour différentes compagnies de danse à Montréal, tels le Groupe de la Place Royale, le Groupe Nouvelle Aire et les Grands Ballets Canadiens. En 1980, il fonde sa propre compagnie de danse, Lock Danseurs, qui deviendra plus tard La La La Human Steps. La même année, il crée Lily Marlène dans la jungle (1980), une œuvre présentée à The Kitchen (New York), un lieu reconnu à l'époque pour accueillir la danse contemporaine. Au début des années 80, Lock signe deux autres pièces, Oranges (1981) et Businessman in the Process of Becoming an Angel (1983); la danseuse Louise Lecavalier, collaboratrice de longue date de Lock, reçoit le Bessie Award à New York pour cette dernière chorégraphie. La réputation de la compagnie grandit rapidement grâce au Bessie Award que Lock remporte en 1986 pour Human Sex, une œuvre créée en 1985. New Demons (1987) ouvre le deuxième Festival de nouvelle danse de Montréal et entraîne la compagnie dans une tournée mondiale de deux ans.

« Bien que l'on trouve maintenant dans le milieu de la danse des compagnies de "danse extrême" qui présentent plus de danseurs gonflés à bloc, arborant culottes de cycliste et genouillères, que l'on en voit pendant le Tour de France, il n'en reste pas moins qu'au début des années 80, quand Lock commence à lancer ses danseurs comme des missiles sur la scène, c'était une esthétique exceptionnelle. "Les gens étaient alors franchement agressifs et furieux à propos de ma danse", se rappelle-t-il. "Nous ne poussions même pas à pleine vitesse, mais les gens disaient que c'était violent. Ce que je n'ai jamais vraiment compris car ce n'était pas violent, c'était vite. Mais à cette époque, on ne comprenait pas que le corps pouvait s'aventurer dans une posture extrême. » (1)

Le style proposé par Lock et ses danseurs a joué un rôle de premier plan en ce qui concerne les développements en danse contemporaine. Les mouvements frénétiques, l'utilisation et la mise à l'épreuve audacieuses du corps innovaient. La compagnie a fait reculer les limites de plusieurs conventions sur la scène internationale. La nature expérimentale du travail de Lock a séduit les artistes, notamment Nam June Paik, avec qui il collabore à Wrap Around the World (1988) (2). En 1990, Lock devient directeur artistique pour le spectacle de David Bowie Sound and Vision, et deux danseurs de La La La Human Steps accompagnent Bowie en tournée. À l'automne 1992, La La La participe à la présentation de The Yellow Shark, composé par Frank Zappa pour le Ensemble Modern of Germany.

En 1988, le National Ballet of Holland passe une commande à Lock pour la création de Bread Dances. En avril 1991, le Théâtre de la Ville à Paris accueille la première de Infante c'est destroy. Dès 1995, la réputation de La La La est solidement établie dans le milieu de la danse contemporaine grâce à Human Sex et la compagnie récolte un nouveau succès avec 2 , une création présentée dans quatorze pays lors d'une tournée de deux ans. 2 met en scène la danseuse et collaboratrice Louise Lecavalier dans deux rôles, jouant avec la vie et la mort, l'âge et autres polarités corporelles.

De 1996 à 1998, Lock reçoit des commandes de chorégraphies pour des compagnies de danse internationales comme les Grands Ballets Canadiens, pendant qu'il travaille à sa plus récente pièce, Exaucé / Salt (1998-2000). À la surprise des critiques, la pièce se danse avec des pointes et fait appel aux références du ballet classique. Cependant, Exaucé / Salt parvient encore une fois à défier les conventions, à déployer les possibilités physiques du ballet et l'étendue des capacités dynamiques et musculaires du corps. Exaucé / Salt est une performance multimédia par son emploi de musique sur scène, de film, de vidéo, d'éclairages spectaculaires et de décor qui transmettent les dimensions émotionnelles et dramatiques de la chorégraphie. L'imagination multidimensionnelle de Lock invite le spectateur dans un monde de performance où sueur et muscle dialoguent avec l'éphémère.

« Élaborée avec précision, entièrement concentrée sur la danse à pointes, cette pièce soutient une tension remarquable. De courtes séquences de danse construisent une chaîne de mouvements qui mènent à une rivière poétique, grâce à la musique créée sur scène par un violoncelle, un piano et une guitare électrique (gracieuseté de David Lang et Kevin Shields). Projetées sur le mur arrière de la scène, des images de Lock donnent une touche de chaleur à cette pièce autrement abstraite. » (3)

En partie subventionnée par la fondation Daniel Langlois, les aspects audiovisuels de la performance ajoutent une autre dimension au style de danse agressif et émotionnel lancé par Lock et La La La Human Steps et ont inspiré d'autres compagnies de danse contemporaine telles que Rosas (Belgique) dans leurs recherches de modes d'expression novateurs et expérimentaux.

Angela Plohman © 2000 FDL

(1) Jennifer Fisher, « Keeping Them Off-Balance », Los Angeles Times (30 janvier 2000) : 7 & 64.

(2) Voir Eduardo Kac, « Satellite art: An Interview With Nam June Paik », (référence du 25 octobre 2000) http://www.ekac.org/paik.interview.html

(3) Akiko Tachiki, « Total Concentration : La La La Human Steps in Tokyo », Ballet International / Tanz aktuell (Berlin) (janvier 1999) : n.p.