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David Rokeby, The Giver of Names (1991-)

Collection documentaire

Introduction à la collection, par Caitlin Jones et Lizzie Muller

The Giver of Names, vue de l'installation
Mise en contexte

Le travail de documentation peut servir à diverses fins. Les historiens de l’art recherchent des informations de type contextuel afin de mieux comprendre les sujets sur lesquels ils travaillent, et les conservateurs d’art veulent témoigner des transformations (naturelles ou de main d’homme) dont les œuvres sont l’objet au fil du temps. Qu’il s’agisse d’une œuvre médiatique numérique basée sur la durée ou d’une peinture à l’huile, ces transformations peuvent nous en apprendre beaucoup sur les caractéristiques matérielles de l’œuvre de même que sur les intentions de l’artiste. Dans le domaine des arts médiatiques, les œuvres ne se présentent pas sous la forme d’un objet unique et statique, mais sous la forme d’une série d’éléments, d’équipement informatique et de logiciels qui, tous ensemble, offrent au visiteur une expérience basée sur le temps et sur le processus. En raison du caractère éphémère de la technologie, ces œuvres se transforment beaucoup plus vite que celles qui ont été créées avec des médiums traditionnels, et pour cette raison, il devient de plus en plus urgent de les documenter. Ainsi, la documentation historique revêt une fonction de plus en plus essentielle.

Malheureusement, en raison de l’absence de documentation qui a prévalu jusqu’à présent, on en sait trop peu sur les œuvres marquantes des arts médiatiques. Les modèles de documentation traditionnels comportent de nombreuses lacunes à cet égard, la plus importante étant l’absence de témoignages du public, qu’il s’agisse de commentaires appréciatifs sur des œuvres dans des contextes spécifiques, ou encore, s’il y a lieu, de comptes rendus sur l’expérience d’interaction vécue en présence de ces œuvres. Cette collection documentaire sur The Giver of Names de David Rokeby est une étude de cas qui tend à démontrer qu’il est possible de remédier à ces lacunes. À la fin de l’année 2007, les auteurs de cette étude ont effectué une résidence de recherche au Centre de recherche et de documentation (CR+D) de la fondation Daniel Langlois afin d’explorer diverses méthodes de documentation relatives aux œuvres en nouveaux médias. Notre projet de recherche portait sur l’exposition e-art : Nouvelles technologies et art contemporain. Dix ans d’action de la fondation Daniel Langlois, organisée par Jean Gagnon au Musée des beaux-arts de Montréal. Le projet de recherche de Caitlin Jones visait à étudier certains modèles de documentation qui mettent l’accent sur les intentions de l’artiste. Les travaux de Lizzie Muller visaient à trouver des façons de documenter et d’archiver les témoignages de visiteurs ayant expérimenté l’œuvre de Rokeby. Nous avons choisi de mener ensemble cette étude de cas afin de développer et de démontrer la possibilité de fusionner nos deux objectifs, et la présente collection est le résultat de cette démarche.

Nous avons été ravies de pouvoir créer la collection documentaire de The Giver of Names. David Rokeby est un artiste qui a réfléchi et écrit abondamment sur son travail, notamment sur ses méthodes de production évoluant d’une exposition à l’autre, ainsi que sur la participation du public. Il a développé une réflexion très articulée sur son processus de travail et sur ses intentions. The Giver of Names est une œuvre interactive qui ne peut fonctionner sans une certaine implication de la part du public. Elle a été exposée à plusieurs reprises dans le cadre d’événements prestigieux, et elle s’est transformée au fil du temps. Il est cependant intéressant de constater qu’aujourd’hui, Rokeby considère que l’œuvre a atteint sa forme idéale et qu’elle risque peu de se transformer désormais. Pour cette raison, il nous a paru particulièrement intéressant d’en recréer l’historique et de documenter de façon complète et approfondie l’installation telle qu’elle se présente à ce stade-ci de son existence.

Fabriquer une collection documentaire

Le mot « archive » revêt aujourd’hui diverses significations, mais il désigne la plupart du temps une somme de documents qui se présentent dans un état relativement achevé. Le terme « documentation » a une connotation moins précise, et c’est pour cette raison que nous tenons à bien définir les termes utilisés dans cette étude. Pour ce faire, nous avons décidé d’examiner les principes d’archivage traditionnels. Dans le système archivistique canadien, le fonds représente le plus haut niveau de description des archives, défini par le Conseil canadien des archives comme étant un « ensemble de documents de toute nature réunis automatiquement et organiquement, créés et/ou accumulés et utilisés par une personne physique ou morale ou par une famille dans l'exercice de ses activités ou de ses fonctions » (extrait des règlements du Conseil canadien des archives pour la description archivistique). Par ailleurs, la collection est définie comme un « regroupement de documents de toute provenance, rassemblés intentionnellement en fonction d'une caractéristique commune telle que la façon dont on les a trouvés, le sujet, la langue, le médium, le type de document, le nom du collectionneur, et qui peuvent être utilisés comme une seule unité chapeautée par un titre commun ». En ce qui concerne notre étude, la principale différence réside dans la différence entre les mots « automatiquement et organiquement » et « regroupés de façon artificielle ». Notre étude de cas, que nous hésiterions sans doute à qualifier d’« artificielle », est certainement une collection d’informations entièrement fabriquées par nous à titre de chercheurs et en fonction de nos objectifs de recherche. En ce sens, nous avons travaillé activement à fabriquer une « collection » de documents que nous avons par la suite soigneusement organisés. Selon nous, il était nécessaire d’endosser un rôle aussi actif, mais il fallait aussi garder un certain niveau de réflexion et d’ouverture quant à la façon de rassembler les documents. C’est pourquoi nous prenons la peine de décrire les matériaux rassemblés dans cette collection documentaire, ainsi que les motifs pour lesquels nous avons choisi d’inclure tel ou tel type de document.

Caitlin Jones & Lizzie Muller © 2008 FDL

Cet essai est aussi disponible sous la forme d'un fichier PDF imprimable :
http://www.fondation-langlois.org/pdf/f/collection-documentaire.pdf