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Caitlin Jones

Tendances actuelles de l’art (de la documentation)

Introduction

« L’histoire se construit à partir de documents, car ce sont les documents qui restent. »
Jacques Le Goff, Histoire et mémoire.

Cette citation de l’historien français Jacques Le Goff évoque le rôle essentiel que jouent les documents témoins dans l’écriture de l’histoire. Pour ce qui est de l’histoire de l’art, ces documents sont souvent les objets d’art eux-mêmes. Mais dans les cas où l’objet n’existe plus ou a subi d’importantes transformations depuis sa forme initiale, les documents, comme le suggère Le Goff, sont bel et bien ce qui reste. Les documents relatifs à une œuvre d’art peuvent nous en apprendre beaucoup sur son origine et sur la façon dont elle a été produite, sur les expositions dont elle a fait l’objet, et sur son cheminement tout au long de son existence et même au-delà, et il va de soi que les commissaires d’expositions, les conservateurs de musées et autres chercheurs en art contemporain en ont grandement besoin. Si la documentation des œuvres vaut certainement pour les médiums plus traditionnels tels que la peinture à l’huile ou le marbre, elle s’avère particulièrement importante dans le domaine des arts médiatiques, où les œuvres sont vouées à disparaître. Et il est malheureux que, en raison du manque de documentation qui prévalait dans le passé et grâce à laquelle on aurait pu en apprendre sur le contexte technologique dans lequel une œuvre a été produite ou sur les intentions de l’artiste, on en sache si peu aujourd’hui sur les œuvres qui ont marqué le champ des arts médiatiques.

En tant que membres du Réseau des médias variables, Paul Kuranko et moi avons été impliqués de près dans diverses questions relatives à la présentation, à la préservation et à la documentation des arts médiatiques: moi-même en tant que commissaire et conservateur-chercheur, et Kuranko en tant que responsable des arts médiatiques au musée Solomon R. Guggenheim à New York. Au fil de notre implication auprès de nombreuses institutions, nous avons eu le privilège d’accéder et de participer à diverses initiatives de préservation et de documentation de l’art à travers le monde. Bien que ces institutions varient dans leur manière d’aborder et de traiter certaines questions telles que la pérennité des arts technologiques, les intentions des artistes et la détérioration des matériaux, la plupart des grands artistes, conservateurs et commissaires d’expositions reconnaissent la nécessité d’un travail de documentation approfondi dans ce domaine.

Dans le cadre de notre résidence à la fondation Daniel Langlois à l’automne 2007, nous nous sommes proposé de mener quelques études de cas portant sur des œuvres présentées dans le cadre de l’exposition e-art : Nouvelles technologies et art contemporain qui se tenait au Musée des beaux-arts de Montréal, soit The Giver of Names de David Rokeby et Subtitled Public de Rafael Lozano-Hemmer. Avant d’amorcer notre processus de documentation, nous avons cru nécessaire d’examiner ce qui se fait actuellement pour la préservation des arts médiatiques, et ce par le biais des principaux acteurs et projets qui existent dans ce domaine, afin de tirer parti des nombreux modèles qui ont été à la fois mis de l’avant et mis en pratique. Compte tenu du champ spécifique de notre recherche, nous avons dû nous limiter aux projets qui nous semblaient avoir été fructueux tant sur le plan théorique que pratique. Notre travail est donc loin d’être exhaustif, d’autant plus qu’on ne connaît pas encore les résultats des initiatives les plus récentes.

Le texte qui suit se veut une analyse non scientifique de ces questions, une évaluation personnelle de ce qui, à nos yeux, constitue un travail de documentation digne de ce nom, et une étude des réalités pratiques entourant la documentation des œuvres d’art, compte tenu des contraintes de temps et d’argent. Nous avons analysé les fondements théoriques et méthodologiques de chacun des projets choisis, de même que leurs applications pratiques, les ressources mises en œuvre, et tout autre élément qui nous est apparu pertinent. Ce compte rendu se présente donc sous la forme d’un document de travail dans lequel, à partir de chaque exemple choisi, nous avons répertorié les éléments qui nous ont été les plus utiles pour mener à bien notre tâche.

Caitlin Jones © 2008 FDL

Cet essai est aussi disponible sous la forme d'un fichier PDF imprimable :
http://www.fondation-langlois.org/pdf/f/tendances-actuelles.pdf