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Adam Zaretsky

(New York, New York, États-Unis)

Adam Zaretsky, Humper-Discoverer, 2000
L'artiste ou bio-artiste Adam Zaretsky est chercheur associé au Arnold Demain's Laboratory for Industrial Microbiology and Fermentation du département de biologie au Massachusetts Institute of Technology. En 1999, il reçoit un diplôme de maîtrise en beaux-arts de la School of the Art Institute of Chicago, où il a étudié et travaillé comme chercheur avec l'artiste « transgénique » Eduardo Kac. Il a depuis travaillé avec des pionniers de l'art biologique comme Joe Davis ainsi que Oron Catts et Ionat Zurr. À l'automne 2001, Zaretsky donnera un atelier en art et en biologie à titre d'artiste invité à la San Francisco State University. Outre ses installations bio-artistiques, Zaretsky a produit un important corpus d'œuvres d'art numériques, de collages et de photographies.

Après ses études au Art Institute of Chicago, Zaretsky apprend de Joe Davis qu'il existe un poste de chercheur non rémunéré au M.I.T. Même sans salaire, Zaretsky juge intéressante la possibilité de poursuivre la recherche entreprise à Chicago. Il se retrouve dans un laboratoire de pointe aux côtés de scientifiques mais aussi d'artistes comme Oron Catts et Ionat Zurr, qui travaillent sur l'esthétique des tissus. Il commence alors à expérimenter avec la musique, les vibrations et la bactérie E. coli. Dans une expérience maintenant notoire, il diffuse de la musique grand public dans le laboratoire où se trouvent les cellules pour voir si les vibrations ou les sons ont des répercussions sur la production d'antibiotique.

« J'ai obtenu des résultats intéressants en faisant jouer les grands succès d'Engelbert Humperdinck pendant 48 heures à la fois à 25 ml de souche industrielle de E. coli. J'utilise des haut-parleurs à membrane vibrante d'Acouve, une société japonaise qui fabrique des fauteuils musicaux et vibrants pour Sony. Il semble que la production d'antibiotique ait pu augmenter. Il existe plusieurs explications à cela, mais la poursuite de l'expérience permettra de les restreindre. La contrariété pourrait être une cause possible de « l'effet Humperdinck ». En effet, il est possible que les cellules soient ennuyées par leur soumission pendant deux jours consécutifs à cette musique vraiment affreuse et forte. Il se peut donc qu'elles aient produit des antibiotiques pour lutter contre un éventuel ennemi, de la seule façon qui est à leur disposition. » (1)

Bien que certains de ses collègues puissent juger ce projet futile, Zaretsky persiste en qualifiant sa pratique d'« artistique » dans la foulée des récentes expériences biogénétiques menées par les artistes mentionnés précédemment. Pour Zaretsky, faire de l'art à partir de gènes, de cellules ou d'autres organismes vivants équivaut à critiquer et à questionner le milieu scientifique même ainsi que l'indifférence générale du public à cet égard.

« Les organismes scientifiques et industriels, conçus pour un usage précis ou pour l'avancement des connaissances, expriment également des choix esthétiques. C'est pourquoi j'estime que l'étude de ces technologies est une recherche artistique. Plutôt que d'avoir une réaction phobique, j'essaie de comprendre de façon critique les transformations permanentes et héréditaires des processus de la vie. De nouvelles stratégies de reproduction ouvrent la voie à la progression rapide de tendances évolutionnistes nationales, raciales, populaires et d'entreprise. Existe-t-il plus d'organismes esthétiques? L'absence d'une esthétique mondiale collective et d'un palmarès historique du mauvais goût (p. ex. la purification ethnique, la danse réglée, la liposuccion, la plupart des peintures) me donne l'élan, la fécondité éclectique pour assurer une approche iconoclaste à une situation qui pourrait aisément entraîner la suppression du même. » (2)

Bien que l'humour demeure un pilier de la pratique artistique et scientifique de Zaretsky, sa démarche repose sur une compréhension complexe et très sérieuse des questions d'ordre biologique et génétique qui font partie intégrante de la société contemporaine.

Les nouvelles technologies explorées à des fins scientifiques et médicales peuvent aussi être éprouvées sur le terrain artistique. Comme le lapin GFP de Kac et les expériences de Davis avec la bactérie E. coli l'ont montré, un espace de réflexion s'ouvre sur le rôle des technologies et leurs conséquences pour les êtres humains au point de vue moral, politique et pratique. Ces questions ont déjà été abordées au cours de l'histoire, et pas de manière positive.

Les dilemmes éthiques de Zaretsky, issus de l'histoire récente, motivent sa pratique bio-artistique. La biologie a déjà servi à des fins esthétiques, à l'évidence avec des conséquences horribles. « Nous glissons vers l'eugénisme, commente Zaretsky. Nous n'avons pas toujours fait preuve du meilleur goût. Non pas que les artistes aient toujours manifesté un goût plus raffiné, mais plutôt un goût équivoque. Si nous commençons à concevoir des humains améliorés, quelqu'un doit alors fabriquer des humains 'punks' ou 'tartans'. Je constate, ajoute-t-il d'un ton posé, que nous approchons du moment où les transformations génétiques des êtres humains refléteront les modes populaires. » (3)

Cette réflexion constante sur les formes de pratique non conventionnelle dans le domaine bio-artistique, ou d'ailleurs en recherche génétique, sera approfondie dans les deux prochains projets de Zaretsky soutenus par la fondation Daniel Langlois. MMMM et WorkHorse Zoo font place à l'humour tout en examinant sérieusement les relations entre le public et l'expérimentation scientifique.

Angela Plohman © 2001 FDL

(1) Dmitri, Holiday, « Bioartists », Velocity Magazine, 6.1 (avril 2001), (référence du 24 mai 2001) : http://www.holidayness.com/bioart.html

(2) Zaretsky, Adam, « Posthuman Temptation. Eros and Mutagenesis », Subtle Technologies Conference 2001, (17-20 mai 2001), (référence du 4 juin 2001) : http://www.subtletechnologies.com/

(3) Wolfson, Wendy, « The Humperdinck Effect », Informationweek.com (7 mai 2001) : http://www.informationweek.com/836/uwww.htm (référence du 1 juin 2001)