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David Tudor

Bandoneon! (a combine) (historique)

David Tudor, Bandoneon ! (a combine)
Au moment de 9 Evenings, David Tudor est surtout connu en tant que pianiste interprète, en particulier des œuvres de John Cage, avec qui il collabore depuis le début des années 1950. À partir de 1964, avec Fluorescent Sound, Tudor commence un parcours de compositeur. Bandoneon! (a combine) est l'une de ses toutes premières compositions, comprenant trois éléments principaux : un bandonéon, le couplage bandonéon-dispositif électronique et l'association image-son. Ces trois éléments apparaissent dans des œuvres antérieures à Bandoneon! (écrites par d'autres compositeurs et interprétées par Tudor), où l’on peut lire les prémices de la pièce conçue pour 9 Evenings.

Pianiste, David Tudor apprend au début des années 1960 à jouer du bandonéon. Mauricio Kagel lui avait fait découvrir cet instrument de musique argentin proche de l'accordéon et avait composé à son intention une œuvre pour bandonéon intitulée Pandora's Box (1961). Pour 9 Evenings, la première idée de Tudor était d'interpréter cette pièce : « J’ai acheté un bandonéon et j’en ai fait faire un pour moi, un gros, car j’avais en tête de réaliser une performance avec ce dernier. Le concept de la pièce de Kagel m’intéressait. Il s’agissait d’une pièce de musique composée comme une boucle sans fin. Alors, quand on m’a demandé de préparer une soirée dans le cadre de 9 Evenings, j’ai songé à une façon de réaliser cette pièce; puis j’ai poursuivi ma réflexion et j’ai commencé à accumuler de l’équipement et j’ai vu les possibles utilisations du bandonéon, ce qui m’a fait oublier complètement le lien avec la pièce de Kagel. (1) »

D'autres compositeurs écrivent des œuvres pour bandonéon interprétées par David Tudor. En 1964, il joue avec Pauline Oliveros, compositrice de Duo for Accordion and Bandoneon with Possible Mynah Bird Obligato. Le 6 août 1966, à St Paul de Vence, il interprète Mesa, de Gordon Mumma, composée pour une chorégraphie de Merce Cunningham intitulée Place. Dans cette œuvre (2), le son d'un bandonéon joué par Tudor est capté par six micros, traité par un dispositif électronique (manipulé par Mumma) et diffusé grâce à quatre haut-parleurs. Mumma envisageait déjà une configuration où le fonctionnement du dispositif électronique serait automatique : « Si ces modules logiques fonctionnent en mode pleinement automatique, la performance la plus extrême de MESA devient possible : un duo entre le joueur de bandonéon et la circuiterie électronique. Mais les modules fonctionnent plus souvent en mode semi-automatique, un deuxième performeur prenant des décisions et outrepassant certaines parties de la logique interne. Généralement, ce deuxième performeur, c’est moi, le compositeur. (3) » Ce duo, c'est ce que réalisera Tudor dans Bandoneon!, en ajoutant un autre élément : l'association de l'image et du son.

Cette association, il l'a expérimentée dans une autre œuvre : Musica Instrumentalis, de Lowell Cross, créée le 13 mai 1966 à la Art Gallery de Toronto (4). Le son d'un bandonéon capté par des microphones stéréo commande alors le balayage des électrons de téléviseurs noir et blanc modifiés. On obtient ainsi des images générées par la musique. Ce système a été mis au point par Lowell Cross dès 1965. Il est utilisé tel quel dans 9 Evenings.

Clarisse Bardiot © 2006 FDL

(1) Tudor, David, cit. in Chadabe, Joël, « A conversation with David Tudor », 1993, publié sur Internet : http://www.emf.org/tudor/articles/chadabe.html

(2) Mumma, Gordon, « Creative Aspects of Live Electronic Music Technology », Audio Engineering Society, Papers of 33rd National Convention, New York : oct. 1967, publié sur Internet : http://brainwashed.com/mumma/creative.html

(3) Ibid.

(4) « Je connaissais l’intérêt de David Tudor pour l’instrument de tango argentin, le bandonéon, que Kagel lui avait fait connaître. La sortie “stéréophonique” aux deux extrémités de l’instrument se prêtait bien à l’utilisation de dispositifs d’affichage x-y tels que des oscilloscopes et mon téléviseur modifié. Faisant preuve d’audace, j’ai demandé à David Tudor s’il aimerait que je lui mette au point des conditions de performance avec son bandonéon, un assemblage stéréophonique de microphones et des téléviseurs modifiés (qui devaient inclure sous peu une télévision couleur). Il a accepté avec enthousiasme, “Tu parles” – et il a présenté la première performance de ma pièce Musica Instrumentalis à l’Art Gallery de Toronto (maintenant le Musée des beaux-arts de l’Ontario) le 13 mai 1966. » Cit. in Cross, Lowell, « Remembering David Tudor: A 75th Anniversary Memoir » in Frankfurter Zeitschrift für Musikwissenschaft, (2001), p.1-35. Publié sur Internet : http://www.8ung.at/fzmw/2001/2001t1.htm