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Yvonne Rainer

Carriage Discreteness (historique)

Yvonne Rainer, At My Body’s House, 1963.
Photo Peter Moore © Barbara Moore/Licensed by VAGA, NY.
Au moment de 9 Evenings, Yvonne Rainer est considérée comme l'une des chorégraphes les plus prometteuses du Judson Dance Theater, dont elle est l'une des fondatrices. Quelques années plus tard, au milieu des années 1970, elle abandonne la danse pour se consacrer au cinéma.

Yvonne Rainer est bien loin d'être une passionnée des technologies. De ce point de vue, Carriage Discreteness est sa seule chorégraphie faisant intervenir dans sa structure même leur usage. On remarque un seul précédent dans son œuvre : une chorégraphie intitulée At My Body's House créée en 1964. (1) L’utilisation d'un micro, fixé autour de sa gorge lui permet alors d'amplifier les sons de sa respiration. Ce dispositif sans fil a été réalisé par Billy Klüver. À l'origine, Yvonne Rainer souhaitait amplifier les battements de son cœur, mais la solution technique n'avait pu être mise au point. (2)

Les prémices de Carriage Discreteness ne sont pas tant à rechercher dans un intérêt pour les technologies que dans une volonté de démystifier le mouvement, notamment en utilisant des objets, et en mélangeant danseurs professionnels et amateurs. Dans Room Service, présenté en avril 1964 à Philadelphie, deux des danseurs transportent un matelas, objet qui deviendra un leitmotiv de ses chorégraphies ultérieures : « Il y a quelque chose de ridicule et de satisfaisant à trimballer cet encombrant objet, à le sortir de scène et à l’y ramener. Aucune stylisation nécessaire. C’est un numéro d’apparence si complète qu’il ne nécessite aucune modification ou justification artistique. (3) » Les objets induisent un effort et des mouvements spécifiques, selon leur taille et leur poids. Aussi importants que les danseurs, ils sont l'une des voies possibles vers le « faiseur neutre (4) » que souhaite Rainer.

La juxtaposition de deux continuités différentes est un autre leitmotiv des chorégraphies de Rainer, redevable de l'influence de Cage. Ainsi, dans Terrain, en 1963, le mouvement est conçu indépendamment des courts récits dits par les danseurs. On retrouve la même préoccupation dans Carriage Discreteness, où événements préprogrammés et mouvements des danseurs n'ont aucune corrélation. Cette fois-ci, c'est le programme qui prend en charge pas à pas l'une des deux continuités.

Clarisse Bardiot © 2006 FDL

(1) Première le 30 janv. 1964 dans le cadre du Concert for New Paltz du Judson Dance Theater, State University College, New Paltz, NY. At My Body’s House est repris les 10 et 17 févr., 2 et 9 mars 1964 au Surplus Dance Theater.

(2) Entretien entre Yvonne Rainer et Clarisse Bardiot, N.Y., août 2005.

(3) Rainer, Yvonne, « Some retrospective notes on a dance for 10 people and 12 mattresses called "Parts of Some Sextets," performed at the Wadsworth Athneum, Hartford, Connecticut, and Judson Memorial Church, New York, in march, 1965 », The Drama Review, vol. 10, no. 2 (Winter 1965), p.168.

(4) Rainer, Yvonne, « The Mind is a Muscle », in A Woman Who..., Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1999, p.33. Article écrit en 1966.