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Robert Whitman

Two Holes of Water - 3 (historique)

Robert Whitman et Deboray Hay lors d'une réunion préparatoire à Stony Points
Après avoir étudié la littérature et l'histoire de l'art, Robert Whitman crée au début des années 1960 des performances comprenant des projections de films. À la même époque, il côtoie les membres du Judson Dance Theater, dont il filme parfois les chorégraphies.

En décembre 1965, dans le cadre de l'Expanded Cinema Festival organisé par Jonas Mekas, (1) Whitman présente Prune Flat. Dans cette performance, des films sont projetés à la fois sur l'écran et sur le corps de femmes vêtues de blanc (Simone Forti, Lucinda Childs et Mimi Stark). Évoluant très près de l'écran, elles effectuent dans certaines séquences les mêmes actions que leurs doubles scopiques, projetés sur leur corps, créant ainsi une confusion entre réalité et illusion, entre bidimensionnalité et tridimensionnalité. Ce spectacle remporte un succès notable, et est repris de mai en août 1966 dans un théâtre new-yorkais.

En confrontant des images et leur mode de production à la vue du public, Two Holes of Water - 3 s'inscrit dans la continuité de Prune Flat. Il s'agit aussi de la troisième version d'un spectacle dont les deux premières ont eu lieu en août et septembre 1966. Robert Whitman souhaitait, à partir d'une même sélection d'images, « développer une pièce dont on pourrait transformer la structure tout en conservant la même pièce (2) » et dont le sujet central est l'expérience du temps. Dans une note distribuée aux spectateurs de la première version, il précise que selon lui, le temps « est quelque chose de matériel [...]. Il peut être utilisé comme la peinture, le plâtre ou tout autre matériau. Il peut décrire d’autres événements naturels. Les images créent l’expérience réelle du temps. (3) » Dans la troisième version de Two Holes of Water, cette expérience est produite par la confrontation d'images diffusées en temps réel (circuits vidéo fermés) et en temps différé (films enregistrés).

Par ailleurs, Two Holes of Water - 3 introduit des miroirs (comme dans d'autres œuvres réalisées à cette période) déformant l'image de Mimi Stark et Trisha Brown, et permettant de filmer simultanément deux parties du corps d'une même personne. Commencée lors de 9 Evenings, la collaboration de Whitman avec des ingénieurs se poursuivra dans le domaine de l'optique. Cette performance est ainsi à la croisée des deux voies empruntées par Robert Whitman pour redoubler la réalité : « À la fin des années 1960, Whitman privilégiait le miroir, générateur d’images réelles à la différence d’images projetées typiques des films que l’on trouve dans cette pièce de la première moitié de cette décennie. (4) »

Clarisse Bardiot © 2006 FDL

(1) « Cinéma élargi » est une expression créée par Stan VanDerBeek puis popularisée par Gene Youngblood. Voir: Youngblood, Gene, Expanded cinema, New York, Dutton, 1970, 432 p.

(2) Entretien entre Robert Whitman et Clarisse Bardiot, N.Y., août 2005.

(3) Whitman, Robert, cit. in Robert Whitman : playback, sous la direction de Lynne Cooke, Karen Kelly et Bettina Funcke, New York, Dia Art Foundation, 2003, p.209.

(4) Cooke, Lynne, « Through a glass, darkly: from autonomous artwork to environmental spectacle, from spectator to specter - Robert Whitman's art practice in the 1960's » in Robert Whitman : playback, sous la direction de Lynne Cooke, Karen Kelly et Bettina Funcke, New York, Dia Art Foundation, 2003, p.76.