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David Rokeby

(Toronto, Ontario, Canada)

David Rokeby, Very Nervous System, 1986-présent
The Philosophical Prosthesis (video)
The Philosophical Prosthesis (video) David Rokeby, Echoing Narcissus, 1987 David Rokeby, Watch, 1995
David Rokeby (1) est un artiste dont la pratique repose sur des installations interactives avec son et vidéo. Né en 1960 à Tillsonburg, il vit à Toronto, au Canada. Il a fait des études en art expérimental au Ontario College of Art (1979-1984) et conçoit des installations interactives depuis 1982. Ses œuvres sollicitent le corps humain ou comportent des systèmes de perception artificielle.

Depuis sa première à la Biennale de Venise en 1986, Very Nervous System (1986 jusqu'à présent) - son œuvre la plus connue - continue d'être présentée de par le monde. Rokeby a participé à de nombreuses expositions au Canada, aux États-Unis, en Europe, au Japon et en Corée, parmi lesquelles SIGGRAPH '88 Art Show (Atlanta, États-Unis, 1988), Ars Electronica (Linz, Autriche, 1991), Mediale (Hambourg, Allemagne, 1993), au Power Plant (Toronto, Canada, 1995), Kwangju Biennale (Kwangju, Corée, 1995), à la Holly Solomon Gallery (New York, États-Unis, 1996) et à la Biennale di Firenze (Florence, Italie, 1996). En 1988, Rokeby a la primeur du Prix Petro-Canada pour les arts médiatiques. Le Ars Electronica Award of Distinction for Interactive Art (Autriche) lui est remis en 1991, prix qu'il recevra de nouveau en 1997 (conjointement avec Paul Garrin) et en 2002. (2) Cette même année, Rokeby est récipiendaire du prix du Gouverneur général en arts médiatique.

La première œuvre interactive majeure de David Rokeby a été exposée en 1984 au Centre national des arts à Ottawa, au Canada. Body Language (1984-1986) est une sculpture cybernétique composée de trois ordinateurs, d'un synthétiseur, de trois caméras vidéo, d'un mélangeur numérique et d'un amplificateur conçu pour transformer ce que les caméras enregistrent en un environnement sonore complexe et en images vidéo. Le programme d'ordinateur conçu par Rokeby lisait et traduisait en musique les mouvements énergiques ou retenus que les visiteurs étaient invités à danser ou à exécuter. Avec cette œuvre, Rokeby s'intéresse de près à la question de l'interactivité et cherche à comprendre comment les visiteurs peuvent s'investir dans l'œuvre sans contrôler leurs mouvements ni prévoir le résultat de leurs gestes. La relation du corps au mouvement reste une préoccupation majeure pour l'artiste, et il s'est exprimé à ce sujet lors d'une entrevue dans Musicworks .

« Les gens apprennent davantage [avec Body Language] à propos de leur gêne à bouger en public qu'à propos de leur corps. De façon générale, ils ne pensent pas assez à leur corps. Ils se soucient plutôt d'être confortable ou non dans l'espace. Mais à un moment donné, peut-être sont-ils suffisamment séduits par l'expérience [de l'œuvre] pour l'oublier et ils se surprennent alors de ce qu'ils ont accompli. » (3)

Selon Rokeby, Body Language annonce Very Nervous System, une série d'installations qui lui apporte la notoriété. Issue de l'intérêt de Rokeby pour les systèmes interactifs, l'œuvre repose sur des mouvements traduits en musique ou en images. Bien que Very Nervous System ait surtout été exposée dans des galeries, elle a également été présentée à l'extérieur dans des espaces publics et utilisée pour de nombreuses performances. Rokeby remarque :

« J'ai créé cette œuvre pour plusieurs raisons, mais peut-être que la plus insistante de ces raisons est animée par un simple esprit de contradiction. L'ordinateur comme médium n'est pas sans parti pris. Et en utilisant l'ordinateur, je voulais travailler avec détermination contre ces parti pris. Étant donné que l'ordinateur est strictement logique, le langage de l'interaction devrait tendre vers l'intuitif. Étant donné que l'ordinateur nous éloigne de notre corps, le corps devrait être en étroite relation avec lui. Étant donné que l'activité de l'ordinateur prend place dans les minuscules terrains de jeu des circuits intégrés, la rencontre avec l'ordinateur devrait se dérouler dans un espace physique à l'échelle humaine. Étant donné que l'ordinateur est objectif et indifférent, l'expérience devrait être intime. » (4)

Very Nervous System est également le nom de l'interface conçue par Rokeby pour capter le mouvement et le traduire en son ou en image. Rokeby n'est pas le seul à utiliser ce système. Plusieurs artistes, programmeurs et chercheurs ont acquis les droits d'utilisation du logiciel pour leurs propres installations ou projets artistiques. En outre, des chercheurs en médecine et même une femme atteinte de paralysie cérébrale ont adopté le système qui, dans le cas de celle-ci, traduit le mouvement de ses yeux en mots, lui permettant de communiquer de manière efficace.

Pendant les années 80, Rokeby réalise d'autres installations, notamment Echoing Narcissus (1987) et Liquid Language (1989). La première consiste en un processeur de la voix, déposé dans un tonneau évoquant une fontaine en cuivre, qui renvoie les sons en boucle. Au fond du tonneau se trouve une feuille de Mylar qui réfléchit et fait onduler le visage du visiteur. Rokeby s'intéresse ici à « la manière dont la technologie modifie, rehausse et déforme notre propre image. » (5)

Au début des années 90, Rokeby entreprend une autre série d'installations, plus subtiles que les précédentes et qui nécessitent moins la participation des visiteurs. (Perception Is) The Master of Space (1990), Measure (1992-94), Petite Terre (avec Erik Samakh) (1992), Silicon Remembers Carbon (1993-2000), 60 (1995) et Watch (1995) sont autant d'exemples d'œuvres réalisées pendant cette période. Intégrant des caméras de surveillance, des détecteurs de mouvement et des programmes d'ordinateur conçus par l'artiste, ces œuvres explorent l'interactivité et ce que Rokeby nomme le « contenu fonctionnel ». Dans un article instructif publié dans le catalogue de l'exposition Touch/Touché (présentée en primeur à la Mackenzie Art Gallery, à Regina en Saskatchewan), Rokeby écrit :

« Les sensations suscitées par la relation entre le public et l'œuvre d'art, l'intention et le résultat, le réel et le virtuel, représentent ce que je nommerais le contenu "fonctionnel" de l'œuvre, qui se distingue des images, du son, de la narration ou de quoi que ce soit d'autre que l'on pourrait considérer comme le contenu de l'œuvre au sens traditionnel du terme. » (6)

Cette préoccupation au sujet de la relation entre le visiteur et l'œuvre d'art se manifeste de manière plus sensible qu'envahissante dans toutes ses installations. Pour Rokeby, le défi est de concevoir un système à l'opposé des œuvres interactives contemporaines qui demeurent prévisibles et maîtrisables.

Rokeby a récemment repris un projet amorcé dans les années 80 qui a été présenté dans sa version initiale (The Giver of Names: The Wanderer) en 1997 à la Interaccess Gallery de Toronto, au Canada. En 1998, chez Oboro à Montréal, au Canada, une seconde version voit le jour, simplement titrée The Giver of Names. Ce projet utilise le même dispositif que Very Nervous System, à la différence que le système réagit plus lentement. En effet, plutôt que de traiter le mouvement dans l'instant, le système étudie des objets choisis par le visiteur, traite l'information qu'il reçoit (couleur, forme, dimensions) et émet une phrase qui décrit ses propres impressions des objets. L'information énoncée par l'ordinateur provient d'une base de données relationnelle dans laquelle Rokeby a programmé une foule de mots et d'associations. Les visiteurs ont donc la possibilité de lire une chaîne d'associations sur l'écran du moniteur intégré dans l'installation. Les mécanismes et le « comportement » rationnel de l'ordinateur sont ainsi mis à nu. On encourage les visiteurs à reconnaître les qualités non humaines et sans émotion de l'activité d'un ordinateur, bien que les énoncés métaphoriques qui leur sont présentés à propos de l'objet choisi possèdent un sens personnel et hautement subjectif. À cet égard, Ernestine Daubner remarque :

« En fait, est-ce que l'installation ne rend pas visible et manifeste un processus présent dans l'interprétation de toute œuvre d'art? En effet, le regardeur n'est-il pas toujours en interactivité avec l'œuvre? N'est-il pas toujours inextricablement lié à l'œuvre d'art et, par le fait même, complice de sa signification? Et la notion d'un sens a priori insufflé par un artiste, n'est-elle pas simplement une illusion? The Giver of Names de Rokeby rend explicite ce que plusieurs œuvres d'art dissimulent : que l'on rencontre toujours un objet d'art (ou tout objet) en tant que sujet intermédiaire. Il n'y a donc pas d'expérience universelle de la vue; il est impossible de reconnaître un sens a priori. » (7)

Une exposition solo organisée par la Presentation House Gallery (8) à Vancouver, Canada (janvier-février 2001) a présenté les versions récentes de certaines de ses œuvres plus connues, dont The Giver of Names (1998) et Watch (1995).

Tout en continuant à exposer et à développer Very Nervous System et The Giver of Names, Rokeby a récemment créé plusieurs nouvelles installations, parmi lesquelles Border Patrol (1998) avec Paul Garrin, Universal Translator (1999), Watched and Measured (2000), Shock Absorber (2001), Guardian Angel (2001) et n-Cha(n)t (2001). Dans cette œuvre présentée à la Walter Phillips Gallery (Banff, Alberta, Canada) (9) en 2001 et primée au festival Ars Electronica en 2002, Rokeby a utilisé les applications développées pour The Giver of Names en vue de produire une installation à plus grande échelle où un réseau d'ordinateurs fonctionnant de façon coordonnée partagent entre eux un flot d'associations sémantiques.

Angela Plohman © 2002 FDL

(1) http://homepage.mac.com/davidrokeby/home.html

(2) http://media.macm.org/biobiblio/garrin_p/2garrin-biblio.htm

(3) David Rokeby, « Cybernetic Installation : First Real Snake » Musicworks no 33 (Hiver 1985-1986), p. 7.

(4) David Rokeby, Very Nervous System, (référence du 7 août 2000) : http://homepage.mac.com/davidrokeby/vns.html

(5) David Rokeby, cité dans Christopher Hume, [titre inconnu], The Toronto Star (vendredi 19 juin 1987), n.p.

(6) David Rokeby, « Where the Virtual Meets the Real » dans Touch/Touché, Regina, Mackenzie Art Gallery, 1999), p. 2.

(7) Ernestine Daubner, Interactive Strategies and Dialogical Allegories: Encountering David Rokeby's Transforming Mirrors Through Marcel Duchamp's Open Windows and Closed Doors, (référence du 5 août 2000) : http://homepage.mac.com/davidrokeby/daubner.html

(8) http://www.presentationhousegall.com/

(9) http://www.banffcentre.ca/wpg/

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