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Caroline Langill, Changements de polarités

Les débuts de l'art électronique

Norman White, First Tighten Up on the Drums, 1968
Michael Snow, De La, 1969-72 Mowry Baden, Seat Belt with Block, 1969 Mowry Baden, Seat Belt with Block, 1969
First Tighten Up on the Drums, la première œuvre électronique de Norman White, fut produite en 1968 à l’aide de plusieurs centaines de circuits intégrés originaux fournis gracieusement à l’artiste par la Sprague Electric Company. Le but de l’œuvre était de générer des motifs lumineux de manière autonome, mais avec le recul, White la considère plutôt comme un début d’expérimentation sur les automates cellulaires, et qui mènerait à la possibilité de créer des œuvres autonomes, ayant la capacité d’évoluer et d’« apprendre » (1). L’œuvre fut créée pour l’exposition collective Some More Beginnings produite par E.A.T. au Musée de Brooklyn, et White se souvient l’avoir transportée à New York sur son siège d’avion, au grand amusement des agents de bord. First Tighten Up on the Drums, cette œuvre autonome dotée d’un « cerveau », ne fut pas la première œuvre robotique achetée par le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC). De La, œuvre de Michael Snow créée entre 1969 et 1971 en collaboration avec l’ingénieur Pierre Abeloos, fut achetée par le MBAC en 1972. De La fut considérée comme une œuvre pionnière dans le domaine de l’art robotique, interactif et capable de réagir à son environnement.

Murray Favro, Synthetic Lake, 1973-74 Tom Sherman, Faraday Cage, 1973 Catherine Richards, Curiosity Cabinet at the End of the Millenium, 1995 Catherine Richards, Curiosity Cabinet at the End of the Millenium, 1995 (détail)

Le travail des artistes médiatiques a été grandement influencé par les œuvres à caractère hybride. C’est ainsi que Mowry Baden, artiste résidant à Victoria, créa en 1971 l’œuvre Seat Belt. Dépourvue de toute composante électronique, Seat Belt n’était pas une œuvre médiatique comme telle, mais elle fut à bien des égards un précuseur de l’art interactif à base de systèmes. L’œuvre repose sur un dispositif dérivé de l’automobile, et c’est par son absence que la technologie y est évoquée. Aussi, le spectateur/participant doit mettre la ceinture pour entrer en relation avec l’œuvre, ne serait-ce que pour la « voir ». Le théoricien Jack Burnham a fait valoir le caractère « centré sur la tâche » de l’œuvre, et pour cette raison, Seat Belt devrait être reconnue pour son caractère novateur. Achetée par la Vancouver Art Gallery en 1971, Seat Belt a créé un pont entre la sculpture traditionnelle et l’art interactif.

Synthetic Lake, œuvre de Murray Favro créée entre 1972 et 1973, fut présentée dans le cadre de l’exposition Another Dimension et achetée par le Musée des beaux-arts du Canada en 1974. Tout comme Baden, Favro était considéré principalement comme un sculpteur, et il est vrai que Synthetic Lake ne comporte qu’un seul élément électronique, soit un moteur électrique. Curieux mélange d’art et d’ingénierie, cette œuvre consiste en la simulation mécanique du mouvement des eaux d’un lac doublée d’un film montrant le rivage battu par les vagues et projeté sur le couvercle en toile de la machine. Provoquant une impression de désorientation chez le spectateur, cette œuvre élargissait la notion de cinéma et annonçait la possibilité de transformer l’aspect dimensionnel de notre rapport au film par le biais des technologies dites « immersives ».

La cage de Faraday est devenue au fil du temps la métaphore parfaite pour illustrer notre rapport à la technologie. Créée en 1973, Faraday Cage de Tom Sherman s’est avérée significative tant sur le plan formel que conceptuel, car elle questionnait l’envahissement de notre vie quotidienne par le rayonnement électromagnétique. Vingt-deux ans plus tard, Catherine Richards a créé son Curiosity Cabinet at the End of the Millenium (1995), qui s’avère être une critique féministe de la technologie. Ces deux œuvres sont dignes d’être considérées comme des jalons dans l’histoire des arts médiatiques. À l’instar de Seat Belt, elles ne comprennent pas d’éléments électroniques comme tels, mais elles n’en sont pas moins des références incontournables dans les discours contemporains sur la technologie.

Caroline Langill © 2009 FDL

(1) White, Norman, « Norm the Artist, Oughtist, and Ne’er-do-well » (référence du 23 mai 2008) :
http://www.normill.ca/artpage.html